MERGEMathis Gorvien← Écrits

21 mai 2026 · 2 min de lecture

Construire en solo

Je co-fonde et construis deux produits en parallèle : igloo, une application nightlife premium sur iOS, et kred, une plateforme qui connecte des marques à des créateurs. Les deux sont en construction. Et la plupart du temps, je suis seul devant le clavier. Construire en solo, ce n'est pas une contrainte que je subis — c'est un mode de travail qui force une discipline particulière.

Décider vite, parce qu'il le faut

Quand on est seul, il n'y a personne pour trancher à ta place, mais il n'y a personne pour ralentir non plus. Chaque décision — une techno, une architecture, un compromis de design — t'appartient entièrement. Au début, ça intimide. Puis on apprend que la plupart des décisions sont réversibles, et que l'indécision coûte plus cher que le mauvais choix. On choisit, on avance, on corrige. La vitesse vient de là : pas de la frappe au clavier, mais du fait de ne pas rester bloqué.

Construire seul oblige aussi à tenir tout le système en tête : le back-end, l'app, l'infrastructure, le produit. C'est épuisant et formateur. On comprend les coutures, parce qu'on les a toutes cousues. Rien n'est une boîte noire quand c'est toi qui l'as mise là.

Déléguer à la machine

Le solo d'aujourd'hui n'est pas celui d'il y a cinq ans. Une grande partie de mon levier vient des outils : je délègue à des agents et à des modèles de langage tout ce qui est répétitif ou mécanique — un échafaudage, une migration, un test, une première version d'un écran. Ça ne remplace pas le jugement produit, et ça ne décide rien d'important à ma place. Mais ça enlève la friction, et la friction est l'ennemi numéro un de qui construit seul.

La nuance que j'ai apprise : l'IA est un excellent exécutant et un mauvais décideur. Elle accélère ce que tu as déjà cadré ; elle s'égare dès qu'on lui demande de choisir à ta place. Le bon usage, c'est de garder la direction et de lui confier la distance. Cadrer reste mon travail. Couvrir le terrain, de plus en plus, celui de la machine.

Le piège du tout-seul

Construire en solo a un revers, et je ne veux pas le cacher : l'isolement des décisions. Sans contradicteur, on confond conviction et certitude. J'essaie de compenser en montrant tôt, en confrontant mes choix à des utilisateurs réels plutôt qu'à mon seul avis. Seul pour construire ne veut pas dire seul pour décider de ce qui est juste. Le produit tranche toujours mieux que moi.

Si je devais résumer : construire en solo, c'est choisir vite, s'outiller fort, et rester honnête sur ce qu'on ne voit pas. Le reste — la techno, le framework, l'agent du moment — n'est qu'un moyen. Ce qui compte, c'est de livrer, puis de recommencer.